PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE Des dizaines de Montréalais ont sauté à l’eau le 3 juillet dernier pour réclamer un accès public à la baignade dans le bassin Jacques-Cartier, à l’occasion du Grand Splash.

On veut juste se baigner!

Source: https://www.lapresse.ca/debats/editoriaux/2021-08-05/on-veut-juste-se-baigner.php

Auteur: Philippe Mercure

Qu’y a-t-il de plus jouissif que de piquer une tête dans l’eau fraîche en été ?

Se baigner est un plaisir simple. Mais pour bien des Québécois, en profiter est trop compliqué. Surtout quand vient le temps de faire trempette dans un lac ou une rivière plutôt que dans l’eau chlorée d’une piscine.

Même chose quand il s’agit de canot, de kayak, de pêche. L’accès public à l’eau, que ce soit en ville ou à la campagne, est restreint.

C’est terriblement ironique, considérant le territoire que nous habitons.

Le Journal de Montréal rapportait cet été que les berges des lacs sont de plus en plus privatisées. Ceux qui en ont les moyens y érigent des chalets pour jouir des lieux. Les autres ? Tant pis pour eux. À Austin, en Estrie, la municipalité vient d’interdire la baignade au lac Orford à partir du seul terrain municipal qui y donnait accès.

Le même combat se mène à Montréal. Au début du mois de juillet, des dizaines de citoyens se sont lancés dans le bassin Jacques-Cartier pour réclamer un lieu de baignade dans le Vieux-Port. Les voir sauter dans le fleuve avait un côté joyeusement transgressif.

Mais ce « Grand Splash » n’arrive qu’une fois l’an. Et le projet de bain portuaire, pourtant une promesse-phare de la mairesse Valérie Plante, est désespérément embourbé.

Les obstacles qui se dressent devant les simples baigneurs sont frustrants. Le Québec a une Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau. On y stipule que ces dernières font « partie du patrimoine collectif ». Dans les faits, c’est loin d’être toujours vrai.

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Dans le cas des lacs et rivières, Le Journal de Montréal rappelait que le moment est idéal pour entamer une réflexion. À la suite des inondations de 2019, plus de 870 terrains situés près des cours d’eau ont été cédés aux municipalités en échange d’une aide financière.

Le projet de loi 67 donne aussi de nouveaux pouvoirs aux municipalités pour aménager des accès publics à l’eau. Le ministère de l’Environnement s’est quant à lui donné l’objectif de favoriser l’accès à la nature pour la population depuis la pandémie. Les conditions pour accoucher d’une véritable stratégie sont donc là. Mais cela exigera une concertation entre différents ministères (Environnement, Affaires municipales, Faunes et Parcs).

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À Montréal, la saga du bain portuaire exige aussi un déblocage. Valérie Plante s’était engagée à le faire au quai de l’Horloge, mais on a rapidement constaté que le courant et la présence de bateaux rendaient le site dangereux.

L’intérêt s’est alors tourné vers le bassin Jacques-Cartier. Au cœur du Vieux-Port, un tel bain changerait le visage de Montréal, au même titre que les bains urbains de Copenhague ou de Zurich.

Les lieux sont déjà publics puisqu’ils appartiennent au gouvernement fédéral par l’entremise de la Société immobilière du Canada (SIC). Hélas, ça ne veut pas dire que ça simplifie les choses.

La SIC évoque des enjeux de sécurité avec les bateaux pour y interdire la baignade. Or, on se trouve ici dans un bassin encadré par des quais. On est en droit de se demander pourquoi les dits bateaux devraient occuper toute la place, et si ces enjeux de sécurité sont vraiment insolubles.

Un bain de 75 sur 50 mètres comme le propose la Fondation Rivières occuperait moins de 7 % du bassin Jacques-Cartier. La marina actuelle ne pourrait-elle pas être un peu déplacée ?

Rappelons qu’une marina ne profite qu’à quelques nantis, alors qu’un bain public bénéficierait à tout le monde.

En Grèce, on a envie de se baigner dans le ciel, disait Henry Miller. Au Québec, on a simplement le goût de le faire dans nos cours d’eau.

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Dozens brave cold waters near Montreal’s Old Port in annual Big Splash

Source: https://montrealgazette.com/news/local-news/dozens-brave-cold-waters-near-montreals-old-port-in-annual-big-splash

Auteur: La Presse Canadienne

The annual event is intended to promote the safety of the St. Lawrence River and demand public access for swimming.

About 30 people braved the cool weather Saturday morning and jumped into the St. Lawrence River to promote “safe, public access” to swimming in the Jacques-Cartier basin in the Old Port of Montreal.

The event, known as the Big Splash, was organized for its 15th year by the Fondation Rivières. The environmental organization insists the waters of the Jacques-Cartier basin are “practically always clean, and access is safe.” Nonetheless, the Old Port of Montréal Corporation refuses to authorize swimming in the area.

“How many years will it take for the authorities of Montreal’s Old Port to follow the example of their Quebec City counterparts?” wrote the Fondation Rivières in a statement, referencing the decision made in recent days by the Port of Quebec to allow swimming in the Louise basin starting next summer.

According to the most recent data on an interactive map that monitors the quality of Montreal’s waterways published on the city’s website, the quality of the water is considered “good” in the Old Port marina and “excellent” at the nearby Clock Tower Beach.

In an interview with La Presse Canadienne, the Old Port of Montréal Corporation refused to admit that the water in the Jacques-Cartier basin is clean enough for swimming. The organization added that questions about the water’s quality should be directed to the Port of Montreal.

When asked if the Crown corporation would consider setting up a designated swimming area, Nathalie Carrière, the director of marketing and business relations, said those waters are “dedicated to navigation.” Cruise lines, such as the Bateau-Mouche and Le Petit Navire, run shuttle boats to the island’s east end and Longueuil, and the Port d’escale Marina is also located in the area, she noted.

The Old Port of Montréal Corporation said it would be “open” to the idea of installing a pool on its land and working with the city to find an “alternative” to allowing swimming around the Clock Tower Pier, an option that has been repeatedly rejected due to safety hazards, including the strength of the current and the presence of boats.

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Baignade au Vieux-Port de Montréal: une trentaine de braves sautent à l’eau

Source: https://lactualite.com/actualites/baignade-au-vieux-port-de-montreal-une-trentaine-de-braves-sautent-a-leau/

 

Auteur: Michel Saba

 

MONTRÉAL — Une trentaine de personnes ont bravé samedi matin la température fraîche en sautant dans l’eau du fleuve Saint-Laurent afin de réclamer, une fois de plus, «un accès public et sécuritaire» à la baignade dans le bassin Jacques-Cartier du Vieux-Port de Montréal.

L’événement, qualifié de «Grand Splash», était organisé pour la 15e année par la Fondation Rivières. L’organisme écologiste soutient que l’eau du bassin Jacques-Cartier est «pratiquement toujours propre et l’accès sécuritaire». Il s’explique mal pourquoi la Société du Vieux-Port refuse bec est ongles d’y autoriser la baignade.

Comment est l’eau? «Bonne», voire «parfaite», répondent des adultes, mais «froide» tempère Alexis, un enfant qui a également fait le saut. À l’extérieur, le mercure indiquait 17 degrés, selon Environnement Canada.

Les organisateurs disaient attendre 200 baigneurs, mais il faut croire que plusieurs ont préféré porter une veste de laine plutôt qu’une veste de sécurité.

«C’est une expérience spéciale, confie Jean Trudeau, un des braves immédiatement après être sorti de l’eau. À l’ombre des gratte-ciel, c’est super.»

Avec une telle température, «il fallait y croire», résume au micro André Bélanger de la Fondation Rivières. «C’est comme ça les batailles. À Québec, ça leur a pris trente ans. Ils viennent de gagner», dit-il faisant référence à la décision des derniers jours du Port de Québec de déployer un bain portuaire dans le bassin Louise dès l’été prochain.

«C’est les mêmes conditions [qu’à Montréal], a-t-il expliqué en entrevue. Il y a des bateaux, il y a une marina. Ils ont simplement proposé de laisser de l’espace pour aménager un bain portuaire. (…) Ici, il y aurait de la place pour en faire 20 bains portuaires si on voulait.»

L’organisme estime que le bassin Jacques-Cartier est le «dernier endroit, le meilleur endroit», pour en installer un à Montréal. Il suffirait de déplacer des bateaux de 100 à 200 mètres et «il y aurait de la place pour aménager quelque chose à peu de frais dès l’été prochain».

Un avis que partage la conseillère municipale Suzie Miron, qui s’est elle-même jetée à l’eau. «C’est assez incroyable qu’on vive sur une île, mais qu’on ne vive pas notre insularité, a-t-elle déclaré en pleine baignade lorsque questionnée en pleine baignade.»

Il pourrait «certainement avoir un petit coin» où un tel bain pourrait être aménagé, selon elle, ce qui serait «au bénéfice de toute la communauté montréalaise».

Selon les plus récentes données publiées sur la carte interactive de suivi de la qualité bactériologique des cours d’eau publiée sur le site de la Ville de Montréal, la qualité de l’eau est considérée «bonne» à la marina du Vieux-Port, voire «excellente» non loin de là à la Plage de l’Horloge.

Interviewé par La Presse Canadienne, la Société du Vieux-Port de Montréal, qui est responsable du site, refuse d’admettre que l’eau au bassin Jacques-Cartier est propre à la baignade et dit même l’ignorer. L’organisation dirige les questions sur la qualité de l’eau vers les autorités du Port de Montréal.

La société de la Couronne accepterait-elle d’aménager un bassin de baignade à cet endroit? L’endroit est «dédié à la navigation», a répondu Nathalie Carrière, la directrice du marketing et des relations d’affaires. Des concessionnaires y sont installés, dont le Bateau-Mouche et Le Petit Navire, les navettes fluviales de l’est et de Longueuil l’utilisent et il a aussi le Port d’escale, a-t-elle noté.

La Société du Vieux-Port de Montréal se dit «ouverte» à l’aménagement d’un bain portuaire sur ses terrains et dit collaborer avec la Ville de Montréal sur «l’alternative» du Quai de l’Horloge, une option maintes fois écartée étant donné les enjeux de sécurité, notamment la force du courant et les risques liés à la navigation maritime.

L’organisation estime qu’au bassin Jacques-Cartier aussi des enjeux de sécurité «entrent en ligne de compte».

«C’est absolument faux que c’est dangereux», réplique André Bélanger de la Fondation Rivières, d’autant plus qu’il s’agit d’une «marina où les gens viennent accoster leur bateau».

«Il s’agit d’avoir de la bonne volonté», a-t-il lancé, en expliquant qu’un bain portuaire est un endroit «protégé, encadré», «l’équivalent de grands quais flottants et à l’intérieur vous mettez la zone de baignade».

Le bain portuaire de Copenhague, par exemple, est installé «là où il y a les transatlantiques», de gigantesques navires, argumente-t-il.

Neuf «Grand Splash» ont eu lieu cette année à travers le Québec, notamment à Saguenay et Trois-Rivières.